Qu’est-ce que la musique énervante ?
février 16th, 2009 by Merci-merciVous n’êtes pas sans ignorer que la musique provoque chez l’auditeur et chez le musicien qui en joue des émotions. En temps normal, le musicien, puisqu’il est normal, cherche à provoquer chez l’auditeur des émotions plutôt positives, ou alors des émotions que celui-ci recherche (parfois un peu bizzares, défoulement, déprime, etc.). Eh bien, la musique énervante cherche au contraire à provoquer des émotions négatives chez l’auditeur ou chez le musicien, ou bien, des émotions qu’il n’a pas recherché.
Notons d’emblée que chez le musicien, les facteurs d’énervements sont assez faciles à énumérer.
• Le musicien s’énerve parce qu’il n’arrive pas à jouer, ou parce qu’il est obligé de rejouer plusieurs fois des passages avant de maîtriser correctement un morceau. Donc, une musique injouable est énervante.
• Le musicien s’énerve à cause de la qualité défaillante de ses instruments.
• Le musicien se force à jouer une musique qui l’énerve (pour x raisons).
• Le musicien s’énerve de la réaction du public.
• Dans un groupe (au sens large), un musicien peut en énerver d’autres parce qu’il joue de manière
inappropriée.
Cette première typologie montre que la musique énervante n’est pas en soi énervante, elle ne l’est que dans un contexte spécifique, marquée par exemple, par le nombre de fois où la musique est répétée, la nature de l’émotion, l’attitude du public, le caractère contraint ou non de l’audition, etc.
Ca fait donc pas mal de choses à passer en revue…
Il existe tout d’abord des niveaux d’intensité et types d’émotions négatives très différents. Distinguons-en arbitrairement quatre.
• L’auditeur peut être tout simplement légèrement incommodé par une musique. La variété des contextes rend une telle situation très courante et également, le type d’émotions et de gênes ressentis très divers. Une musique de fond peut par exemple provoquer un léger agacement, une insomnie, ou au contraire une certaine forme de torpeur dépressive, une irritabilité accrue, etc.
• La musique peut aussi provoquer une émotion plus marquée. Cela peut être une gêne auditive, notamment quand on essaie de parler en boîte (ce qui implique qu’une musique est généralement d’autant plus énervante qu’elle est plus forte), une sensation désagréable de disharmonie (bruit strident, musique qui sonne faux), une gêne psychologique (par exemple face à un spectacle ridicule ou faisant pitié : on a alors envie de partir pour ne pas assister à la catastrophe), une impression désagréable d’énervement causée par la répétition d’un morceau, une sensation de malaise lorsqu’on est contraint d’écouter de la musique contre son gré (par exemple dans une soirée où on ne connaît personne ou bien où l’on ne veut pas blesser les gens).
• La musique peut également provoquer les sensations que nous venons de voir, mais de manière beaucoup plus forte. L’énervement peut aller jusqu’à des crises de pleurs, de la panique, des tentatives d’évasion désespérées pour échapper à la musique (souvenez-vous d’Orange Mécanique), un malaise diffus et persistant, une crise de stress, etc.
• Enfin, la musique peut devenir profondément pathologique et avoir des conséquences physiques plus ou moins graves : tremblements, troubles de l’audition, troubles de la vue, vomissements, éruptions cutanées, malaise, évanouissement, coma, mort clinique.
Naturellement, au risque de me répéter, aucune musique n’est en soi énervante. Tout dépend de la nature du complexe auditeur/musicien/musique. Une musique peut par exemple devenir énervante, tout simplement parce qu’on peut pas sentir le musicien. En gros, plusieurs facteurs interviennent pour déterminer le niveau d’énervement d’une musique (liste non exhaustive).
• Le volume sonore.
• Le nombre de fois où la musique est jouée et entendue. Bien souvent, une musique est énervante la première fois qu’on l’entend, puis, au fur et à mesure, on finit par l’apprécier, avant, au bout d’une centaine d’écoutes, de la trouver à nouveau franchement désagréable…
• L’appréciation du musicien. Comme on vient de le voir. Une musique jouée par un top model est souvent plus audible que jouée par un boudin.
• Le caractère volontaire ou imposé de l’audition. Une musique est souvent moins bien supportée quand elle est imposée.
• La culture et les habitudes auditives de l’auditeur. Pour certains (comme moi), la musique concrète est très énervante, pour d’autres, c’est plutôt le cas de Céline Dion.
• L’état psychologique de l’auditeur au moment de l’écouter (fatigue, stress, sortie de boîtes, etc.).
• Le fait de ne pas pouvoir entendre correctement une musique (friture, passages coupés, etc.).
• Les caractéristiques intrinsèques de la musique, une fois les aspects culturels de l’auditeur pris en compte : disharmonies, sons stridents, répétitions, etc.
On peut moduler tous ces facteurs pour produire et diffuser une musique énervante plus ou moins intensive. Mais ici, il faut faire une précision, il y a deux types de musique énervante.
• La musique énervante à large spectre. Elle répond au principe de diffusion maximale et contrainte. C’est à dire que le but, est d’énerver un maximum de personnes, présentant des profils psychologiques et auditifs variés, en les obligeant à écouter la musique.
• La musique énervante ciblée. L’objectif est d’énerver certaines catégories de personnes, ou de cibler les émotions provoquées, ou encore, de n’énerver que quelques personnes dans un contexte particulier.
Concrètement, une musique énervante à large spectre peut consister à infecter un réseau informatique par spam, à l’aide d’un virus informatique qui, une fois installé sur la machine, va diffuser une musique sans que l’auditeur ne puisse l’arrêter. Un autre exemple est de pirater une radio publique pour diffuser de la musique énervante. L’aspect contraint est fondamental dans le processus qui conduit à l’énervement. D’ailleurs, la musique qui est diffusée dans les rues de noël (un soi-disant bien public) est naturellement énervante car contrainte.
J’ajoute qu’une musique peut être énervante plus par ses à côtés que par la musique proprement dite. Par exemple, un faux concert, où vous vous faites inviter dans un concert de rock, pour y jouer du classique ou de la techno sans avoir prévenu le public ni les organisateurs, pourra provoquer un énervement vif et calculé chez les auditeurs et les gérants de la salle. Réussir à ce que le public quitte la salle intégralement peut alors constituer un défi intéressant. De même, faire une musique à ce point désagréable qu’un membre du public vient vous supplier d’arrêter, offre la satisfaction d’avoir réussi une bonne prestation de musique énervante.
Terminons en réfléchissant sur l’objectif et les finalités de la musique énervante. Tout d’abord, la musique énervante, si elle était mieux connue, pourrait probablement avoir des applications en psychiatrie et en sécurité civile et militaire. Soumettre des troupes à une musique énervante correctement choisie pourrait probablement provoquer des réactions comportementales adaptées à un objectif militaire déterminé. Il me semble d’ailleurs que passer de la musique très forte en continu dans une cellule faisait partie des méthodes du KGB pour faire craquer les personnes dans les interrogatoires. Ensuite, la musique énervante a un potentiel révolutionnaire assez fort, artistiquement parlant, puisqu’elle rompt totalement la normalité du rapport consommateur / producteur dans l’échange musical. Il n’y a pas, à priori, de marché de la musique énervante. Le producteur ne s’adapte pas aux souhaits du consommateur. Au contraire, il fait tout pour les éviter.
Enfin, la musique énervante peut être tout simplement marrante à faire.
Voilà , vous savez tout, ou presque, sur la musique énervante. Il ne vous reste plus désormais qu’à la
produire et à la jouer. Bon courage !





